Affaire Mediapro : les députés s'en mêlent
Jaume Roures, PDG de Mediapro

Les moments difficiles  se poursuivent  avec Mediapro pour le football professionnel français,. Le groupe sino-espagnol, qui était censé leur assurer quatre ans de généreux droits télévisés, multiplie les mauvaises surprises, et a fini par les enfermer dans un cercle irréprochable . Fondé par le catalan Jaume Roures, Mediapro, qui avait lancé le 23 août dernier Téléfoot, la chaîne de télévision payante diffusant chaque semaine 80 % de la Ligue 1, s’est placée sous mandat ad hoc auprès du tribunal de commerce de Nanterre, comme l’a révélé Le Canard enchaîné dans son édition du mercredi 14 octobre.  

Mediapro n’a pas souhaité commenter l'affaire. Cette procédure, qui doit rester confidentielle, est accordée par le tribunal lorsqu’une entreprise passe par des moments terribles. Un mandataire, dont son rôle est, d’aider les parties à renégocier des délais de paiement de la dette, est nommé.

C’est en tout cas un très mauvais signal : cela signifie que Mediapro, obligé de  payer à la Ligue de football professionnel (LFP) 780 millions d’euros par an, est en mauvaise posture financière. Jaume Roures avait dès le mois de septembre demandé un délai de paiement pour la deuxième échéance de172 millions d’euros, dont il aurait dû s’acquitter le 6 octobre. Requête qui lui avait été refusée par les clubs. Finalement, en plus d’avoir refusé de verser son dû, il a également réclamé une réduction sur le prix qu’il s’était lui-même dit prêt à payer, lors de l’appel d’offres de 2018.

 Les clubs n’ont aucun le choix entre le  refus de négocier qui peut  conduire Mediapro à se mettre en procédure de sauvegarde, ou en redressementjudiciaire. De quoi geler définitivement les créances. Pas question pour autant « d’accepter l’inacceptable », et de « mettre en difficulté majeure les clubs », affirme-t-on au sein de la LFP.  Mais accorder un délai de paiement revient à affaiblir des clubs de football déjà très affectés par la crise due au Covid-19, qui a amputé la saison 2019-2020 du championnat et continue d’amputer les recettes de billetterie. Après un premier emprunt de 224.5 millions d'euros  contracté en mai dernier.

L'actionnaire majoritaire du groupe espagnol, dit à un membre du conseil d’administration de la LFP: « Mais c’est comme mettre une rustine sur une jambe de bois. C’est aux Chinois qu’il faut s’adresser » en référence à Orient Hontail Capital,  et accorder un réel rabais apparaît juridiquement complexe : que dirait Canal+, qui a payé au prix fort les deux matchs de championnat qu’elle diffuse chaque semaine ?Enfin, si, en théorie, la LFP est supposée récupérer ses droits télévisés aubout de trente jours de retard de paiement, la procédure menée auprès du tribunal de commerce par Mediapro « neutralise le créancier en l’empêchant de rompre le contrat », explique-t-on au sein d’un grand club. 

Note dégradée

La situation est dure que Mediapro n’est pas au mieux financièrement. Avoir des dettes  de 920 millions d’euros, la maison mère européenne de Mediapro, Joye Media, qui comprend d’autres activités, comme de la production et des services audiovisuels, a été dégradée par S&P et Moody's  en avril dernier, alors que la crise due au coronavirus fait rage.

Néomoins, les difficultés ne sont pas nouvelles : en 2019, l’ebitda –équivalent à l’excédent brut d’exploitation – de Joye Media, qui était de 224 millions d’euros, affichait une baisse de 4 % sur un an. Cette année, il pourrait faire une autre chute de 180 millions d’euros, selon S&P en avril dernier. La prévision n’intégrait pas la forte reprise de la pandémie de la rentrée. Enfin, les clubs ont compris qu’il allait être compliqué d’obliger Orient Hontail Capital, détenteur de 54 % de Joye Media, à pallier les besoins de sa succursale.

 Tous souhaitent maintenant « alerter le plus haut niveau de l’Etat », dit un patron de club. L’Elysée, historiquement sensible aux problèmes du football, pourra-t-il s’immiscer dans une affaire purement privée ?