D'un côté, les sciences du comportement expliquent que la règle risque de s'effondre lorsqu'on la respecte pas. D'un autre côté, la déclaration d'un infectiologue indique: « Les jeunes ne veulent pas porter le masque ? Eh bien, laissons-les faire ! »

On est tous d'accord que la crise sanitaire du coronavirus a pu causer près de 900 000 décès dans le monde entier. Les bons comportements tels que: le respect de la distance sociale, désinfection fréquente des mains et port du masque dans les endroits où règne la promiscuité sont des astuces efficaces pour une meilleure protection contre ce virus mortel. Ces mesures protectives ne sont pas des secrets pour la plupart de nos concitoyens. Mais il semble que nous sommes pas assez intéressés par la contagion des mauvais comportements. La déclaration du Professeur Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière, du 2 août dernier nous donne plus de détails. Il expliquait: « Je pars du constat que les jeunes ne nous ont pas demandé notre avis, ils se réunissent, font la fête parfois par milliers. À partir du moment où on ne fait rien pour empêcher ça, il faut l’accepter.» Il ajoutait: « De toute façon on n’a pas le choix, regardez comment ils se comportent. Vous voulez faire quoi ? Vous voulez envoyer l’armée? » Autrement dit, puisque les jeunes ne respectent pas les gestes barrières, donc laissons-les faire comme ils veulent, comme ça, ils se contamineront entre eux, ce qui permettra d’atteindre l’immunité collective.

L'immunologiste pense que  tôt ou tard, on peut atteindre une immunité collective à l'aide de la vaccination ou de la contamination. Il est nécessaire de rappeler encore une fois  que le virus ne sélectionne pas ses cibles. Un jeune qui prend le risque de s’exposer à l’agent pathogène va par la suite mettre en danger tous les gens qu’il fréquente. Depuis le début de la crise, on nous répète qu'on a pour objectif de protéger les personnes les plus vulnérables. Dons, on ne peut pas  tolérer les actes irresponsables. Donc, doit-on vraiment laisser des groupes de jeunes se contaminer entre eux pour participer à l'immunité collective ?

La théorie de la vitre cassée

Si on veut déconstruire la phrase suivante  à la lumière d'une idéologie purement psychologique: « Comme les jeunes ne respectent pas les gestes barrières, laissons-les faire comme ils veulent et assumer les conséquences de leur comportement ? » , on trouve que c’est une mauvaise idée à tous égards, surtout  qu'elle concerne la transgression des règles est elle-même contagieuse.  Ceci à son tour a constitué la théorie dite « de la vitre brisée ». Celle-ci stipule que des dégradations ou des déprédations laissées en l’état, par exemple des carreaux cassés ou des graffitis, nous donnent l’impression que la loi et l’ordre n'ont pas assez d'importance, ce qui peut donner lieu à de nouveaux comportements de vandalisme. Le psychologue Philip Zimbardo nous a présenté une illustration à cette théorie : il a laissé à l’abandon une voiture ouverte dans différents quartiers en difficulté et a mesuré les différents vols et détériorations qu’elle subissait. Il a constaté que c’était moins la pauvreté qui caractérise un quartier qui expliquait la rapidité du vandalisme, que l’état du véhicule lui-même. Lorsque les chercheurs brisaient volontairement une vitre de la voiture, celle-ci était considérée comme une cible des comportements de vandalisme. Inspirés par la théorie, les responsables du métro de New York ont rapidement réparés les différents dégâts dans les stations, lavés les graffitis et nettoyés la saleté, avec une augmentation du sentiment de sécurité des usagers.

Il apparaît donc que les comportements transgressifs peuvent être aussi contagieux qu’un virus : voir d’autres personnes se permettre de ne pas respecter les règles, et rester impunis, donne en quelque sorte la licence aux autres, si ce n’est l’incitation, à agir pareillement. D’ailleurs, l’argument « Tout le monde le fait » est souvent invoqué quand il s’agit de justifier nos propres infractions ou incivilités.

 Nous apprenons par observer et imiter les modèles représentés par les autres composants de la société

Les conséquences néfastes de la dite transgression incite à sanctionner cette dernière dans les plus brefs délais plutôt que de la laisser impunie. Et c'est le même cas pour les toutes petites infractions! Car, comme dit le proverbe : « Qui vole un œuf vole un bœuf.» 

Le fait d'amender son comportement dans le bon sens n'exige nécessairement pas expérimenter une sanction.  Nous apprenons par observer et imiter les modèles représentés par les autres composants de la société. Par la suite, on découvre qu'on apprend de nombreux comportements  par imiter ou observer certains modèles. Les comportementalistes ont nommé ce phénomène « apprentissage vicariant »(du latin vicarius, « remplaçant »).  

La sanction comme exemple 

La punition vicariante est un important moteur de nos systèmes judiciaires: non seulement les criminels se voient infliger une peine, ce qui est censé réduire les risques de récidive, mais celle-ci est souvent médiatisée.  la population doit être témoin du sort qui est réservé au condamné, pour éliminer tout comportement analogue chez  les autres composants de la société. Cette médiatisation doit nous rassurer en ce qui concerne la loi et la justice. Il existe un système cérébral  qui s’active lors d’une punition d’un tiers.

À bien prendre en compte ce que l’on sait en psychologie sociale, il faut savoir qu’à laisser impunis des jeunes bravant l’autorité, on risque un mouvement de contagion des incivilités et des transgressions, doublé d’une méfiance envers la justice et les forces de l’ordre. Afin d’éviter pareil écueil, il s’agit d’être cohérent : du moment qu’une règle est imposée, sa transgression doit impliquer une sanction pour les contrevenants. Il est question ici de crédibilité et de cohérence. Même pour les petites transgressions, comme le non-respect des gestes barrières ? La psychologie de la malhonnêteté peut nous éclairer à ce sujet. Cela se traduise par la satisfaction du fait qu’une personne est sanctionnée pour avoir transgressé une norme sociale.

Il faut savoir qu'on risque un mouvement de contagion des incivilités et des transgressions, doublé d’une méfiance envers la justice et les forces de l’ordre lorsqu'on ne punis pas les jeunes bravant l’autorité,

Il faut être toujours cohérent afin d’éviter pareil écueil: du moment qu’une règle est imposée, sa transgression doit impliquer une sanction pour les contrevenants. On doit discuter la crédibilité et la cohérence. Même pour les petites transgressions, comme le non-respect des gestes barrières ? La psychologie de la malhonnêteté peut nous facilite cette problématique.

135 euros d'amende en cas de non-port du masque

Les règles ne sont pas toutes et toujours respectées.  Qui sont alors ceux qui prennent des libertés avec les lois, les règles et l’ordre moral ? Le professeur Dan Ariely nous a présenté des avancées significatives dans la compréhension de cette problématique intéressante.

La leçon la plus importante concerne toute personne qui s’adonnent à la transgression. Pour l'essentiel, la recherche indique que de nombreuses personnes trichent un petit peu. Nous dépassons moyennement  la vitesse autorisée. Nous chapardons des fournitures de bureau au travail, mais un stylo par-ci par-là, pas une palette entière de papier d’imprimante. Nous transgressons tous les éléments modérément. Alors que les médias ne relatent que les transgressions majeures commises par une petite minorité, contribuant à fausser le tableau…

Le « degré de fraude acceptable »

Le défis essentiel est associé à sauvegarder une image honorable de soi-même. Nous cherchons à bénéficier des avantages de la fraude, mais sans pour autant nous considérer comme des escrocs ou des gens malhonnêtes. Nous consentons à transgresser les règles, mais dans une modeste mesure qui ne met pas en danger la belle image que nous souhaitons atteindre de nous-mêmes. C’est ce que l’on nomme le degré de fraude acceptable.

Même si nous comprenons pas très bien pourquoi les règles existent dans la vie, il ne va pas de soi que nous les respections. C’est pour cela les conséquences qui viennent sanctionner les contrevenants sont  nécessaires : sans elles, on prend vite goût à la transgression et le prix à payer pour la société est finalement exorbitant (pensons au coût de l’évasion fiscale). Il faut bien avouer que les jeunes qui ne respectent pas les règles sanitaires ne sont pour la plupart pas des individus rebelles et antisociaux, mais simplement des personnes qui se donnent des bonnes raisons de se simplifier la vie.

Immunité et impunité

 La population peut croire que la règle n'est pas très importante si d'autres personnes prennent impunément des libertés avec le port du masque. A vrai dire, aucun psychologue n’est prêt à cautionner l’idée que le laisser-faire est une solution qui peut nous emmener à une immunité collective face au Covid-19. Il faut admettre que le sentiment d’immunité qui résulte de celui d’impunité est beaucoup plus dangereux que la précieuse immunité collective que tout le monde voudrait voir se réaliser. La vraie immunité collective signifie est la capacité à respecter les règles et à les faire respecter.